Les années disco, ou la musique pour tous
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Disco, Funk, House, quelle différence ?

Rarement une question aura été si cruciale dans le monde de la musique. Alors que les frontières entre blues, rock, métal et autres styles semblent plutôt claires, la distinction entre le disco, le funk et la house est souvent floue.

Analyser la naissance historique, sociale, et les spécificités exactes de chaque genre pourrait prendre plusieurs dizaines de pages, et quelques années ! C’est pourquoi je vous propose simplement les grandes lignes pour distinguer facilement ces styles de musique, et j’espère vous donner envie d’explorer par vous-même les internets pour compléter mes propos !

De façon simple, on pourrait résumer leur lien ainsi : le funk est le genre le plus ancien, suivi par le disco, et enfin la house, qui apporte son lot d’innovations technologiques et musicales.

Le Funk : de la soul dopée à la double croche ?

Le premier style à apparaître, au milieu des années 1960, c’est le funk. D’ailleurs, le genre grammatical du nom n’est même pas fixe en France, on parle de le funk (comme on dit le rock) ou de la funk (sous-entendu, la funk music, comme on dit la pop).

Dans ses débuts, le funk provient de la soul, ce style de musique lui-même assez large, dont les représentants principaux sont Otis Redding et autres Wilson Pickett. Immédiatement, quand on pense au funk, un nom vient à l’esprit : James Brown. Et l’un de ses surnoms les plus évocateurs est… The Godfather of Soul (le Parrain de la Soul), preuve que funk et soul sont deux styles fortement liés. Au départ, le funk est clairement une musique chantée par la population afro-américaine.

Cependant, contrairement à la soul, la partie mélodique du funk est assez peu développée, et fusionne avec la partie rythmique. Les guitares sont sèches et claquantes, les cuivres sont incisifs. En anglais, un morceau de funk est bon lorsqu’il est tight, littéralement « serré », chaque note est à sa place et dynamise l’ensemble. Rythmiquement, la funk s’articule souvent autour d’un tapis de doubles croches et de notes « fantômes », pour les plus musiciens d’entre vous. C’est ce qui donne son côté sautillant et facilement reconnaissable. Le groove est forgé par les lignes de basses, souvent slappées (claquées). On remarque surtout, en opposition au disco à venir, une claire absence de synthé et très peu de piano. En outre, le funk pioche quelques orientations harmoniques dans le jazz.

Pour concrétiser tout ça, écoutez donc ce morceau de Fred Wesley, directeur musical de James Brown (rien que ça !).

Les grands artistes :

  • James Brown, Maceo Parker
  • Funkadelic & Parliament
  • The Meters

Le Disco : quand la funk s’exporte sur le dancefloor

Le disco puise ses sources dans le funk, mais y rajoute de nombreux éléments nés des progrès technologiques et évolutions artistiques à partir du milieu des années 1970. En outre, le disco est le fruit de la mise sur le marché massive de rythmes funky, jugés bankables et donc produits et arrangés pour plaire à un large public. En gros, le disco, c’est de la funk mainstream accessible à tous pour danser en boîte. Mais les quelques années du début du disco témoignent de véritables pépites groovy, où l’industrie du disque n’avait pas encore surexploité le genre.

Un élément commun liant funk et disco, c’est la ligne de basse qui sert de guideline mélodique et rythmique au morceau. Mais contrairement au funk, le beat disco s’appuie beaucoup sur des rythmes four-to-the-floor, à savoir un kick de grosse caisse sur tous les temps de la mesure. On remarque aussi une bonne dose de synthés coulants, de violons électroniques, et d’arrangements vocaux très travaillés (… et parfois un peu vulgaires). Enfin, l’utilisation de cuivres, omniprésents dans le funk, s’estompe un peu dans le disco.

Les thèmes abordées sont aussi très différents : le funk parle de tout, mais ses thèmes de prédilection restent la revendication de la cause noire-américaine, et bien sûr le sexe ! Le disco, lui, est beaucoup plus détendu et se concentre sur la fête, l’amour, la danse et la joie de vivre.

Pour voir la différence avec le morceau précédent, écoutez ce grand hit d’Abba.

Le disco rompt aussi avec le funk dans le style vestimentaire : sur le dancefloor, les gens sont sophistiqués, sur le 31, avec un véritable art de la danse et du costume. Car oui, évidemment, et contrairement au funk, le disco c’est aussi (et surtout) de la danse !

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le disco, sa raison d’être, son avènement, et sa dégradation. Mais qui sait, peut-être qu’un prochaine article du blog en parlera…

Les Grands Artistes :

  • Chic, Sister Sledge
  • Earth Wind and Fire
  • Delegation

La House : de l’underground au mainstream

Aujourd’hui, quand on pense à la house, on pense à des boîtes de nuit, des beats très marqués, et de la musique électronique. Et c’est en fait le cas depuis l’émergence de ce style !

A ses débuts, la house music est avant tout une musique pour danser. Les DJ se mettent à enlever les parties chantées des grands hits disco pour faire durer plus longtemps les morceaux. Pourquoi ? Car au fur et à mesure des années, compte tenu du succès croissant du disco, la production musicale a brutalement augmenté, forçant les groupes à sortir de plus en plus de morceaux… sans la qualité d’écriture qui va avec. Ainsi de nombreux hits de la fin de l’âge d’or du disco comportent des paroles souvent creuses, vides de sens, et inutiles musicalement. D’où la nécessité de les enlever, pour les premiers DJ !

C’est au début des années 80, donc peu de temps avant le déclin du disco, que la house se développe à Chicago. Petit à petit, les artistes house affinent leur propres compos en remplaçant les batteries par des boîtes à rythmes, en minimalisant l’instru et en ajoutant de grosses doses de synthétiseurs pour faire à la fois les fréquences hautes habituellement réservées aux voix et à la guitare, ainsi que les fréquences basses. Le tout au service de la danse pure.

Ecoutez ce morceau parfait pour les clubs, avec une montée progressive. On entend clairement une différence avec le disco, n’est-ce pas ? Ici, tout est plus artificiel, lancinant. Notez le rapport au sexe qui relie encore une fois le funk, la disco et la house, avec une simulation d’orgasme en plein morceau qui a dû en surprendre plus d’un en boîte…

Les grands artistes

  • Cerrone
  • Giorgio Moroder
  • Mr Fingers

Une histoire de cases

Et si finalement il ne fallait pas chercher à tout mettre dans des cases ? En effet, les morceau que je vous ai posté ici sont des classiques des genres funk, disco, et house. Les remarques que j’ai faites à propos des styles sont très générales et de nombreuses exceptions confirment la règle. Bien sûr, la plupart de la production musicale ne se classe pas aussi facilement, et souvent les artistes se définissent à la frontière de plusieurs styles, empruntant certains aspects de l’un ou de l’autre selon l’envie.

Maintenant que vous en savez un peu plus sur ces trois styles de musique, explorez par vous même et commentez vos meilleures trouvailles !

2 thoughts on “Disco, Funk, House, quelle différence ?”

  1. Article très complet et fort intéressant ! Je me souviens d’un interview de Jeff Mills rappelant combien l émission The Electrifying Mojo avait influencé ceux qui deviendraient les grands princes de la house de Détroit. Que passait l émission du brave Johnson ? Parliament de ce cher Georges Clinton et… Kraftwerk. Quelle époque !!
    Merci pour cet article qui me rappelle ma belle jeunesse. Au plaisir de lire de nouveaux articles.
    Un grand fan

    1. Cher Guilhem,
      Je suis ravi de voir que ce blog ravive des souvenirs de vos jeunes années !
      A très bientôt sur le blog, et comme on dit, « stay-tuned » 😉
      Valcleft.

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