Soul Train
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Les Plus Belles Pépites de Soul Train (Part 1)

Dans les années 70, une émission résume parfaitement la créativité ambiante et le dynamisme de la musique afro-américaine : Soul Train, incarnée par son présentateur phare, Don Cornelius.

Don Cornelius, personnage audiovisuel central des seventies

Don Cornelius
Don Cornelius, figure phare de l’émission

Engagé d’abord à la radio grâce à sa voix jugée très radiophonique, basse, posée et sereine, Don Cornelius monte vite les échelons en interviewant Martin L. King et en commençant une formation de DJ. Au fil des mois, il se constitue un carnet d’adresses très fourni qui lui permettra de devenir présentateur à la WCIU, la seule chaîne de télévision proposant des programmes pour les minorités ethniques. C’est là que naîtra Soul Train, la caravane soul, en réponse à l’émission de Dick Clark « American Bandstand », qui ne mettait en avant que des adolescents caucasiens dansant devant de jeunes artistes blancs.

Petit à petit, l’émission Soul Train prend forme. Le concept ? Faire passer des étoiles montantes de la soul music black sur le petit écran, devant un dancefloor de spectateurs. Si aujourd’hui le principe semble commun, à l’époque, des Noirs qui passent à la télé constituent une véritable révolution !

Après avoir conquis Chicago, Don Cornelius se lance pour un épisode pilote au niveau national. Mais l’émission se heurte au manque d’intérêt des publicitaires de l’époque, encore trop enclins au racisme ambiant de l’époque. Soul Train se laisse alors sponsoriser par Johnson, entreprise qui fabrique notamment des lotions capillaires pour afro-américain. Le présentateur se rend en Californie pour exporter son modèle dans tout le pays, et étoffe encore son réseau en rencontrant des stars du show business, des agences, et de grands studios, pour présenter toujours plus d’artistes de qualité dans son émission.

Soul Train : départ imminent vers le succès

Le 17 août 1970, l’émission est enfin diffusée dans tout le pays : Soul Train, the Hippest Trip of America. D’abord diffusée dans 8 villes, Soul Train passe en quelques mois à 50 villes. Chaque samedi à 11h, des centaines d’adolescents black regardent émerveillés leur comparses danser devant des stars de l’époque : soul, RnB, mais aussi funk et disco au fur et à mesure que la décennie avance.

Mais ce n’est pas seulement la musique (souvent en playback) et la danse que regardent les fans, c’est aussi le style vestimentaire, les pattes d’éph, les compensés, les jolies filles en combinaisons moulantes. Soul Train, c’est le lieu d’expression de la jeunesse noire-américaine qui s’amuse et s’émancipe doucement des carcans des décennies précédentes, autre syndrome des années disco.

L’émission est aussi l’occasion pour les ado présents sur le plateau d’interviewer eux-mêmes les stars en leur posant quelques questions, parfois bateau, souvent drôles.

Soul Train
Un plateau typique de Soul Train : des artistes, des jeunes, de la danse

Le disco comme catalyseur de l’émission

L’apparition du disco donne un coup de boost supplémentaire à Soul Train, qui installe rapidement une boule à facette sur le plateau. Facile d’accès, ce style musical permet à tous de danser et d’exprimer encore plus de fantaisie chorégraphique : certains danseurs se démarquent avec une queue de renard colorée, une brosse à dent géante, des vêtements entièrement argentés,…

Don Cornelius crée ensuite le label SOLAR (Sound Of Los Angeles Records) avec Dick Griffey, pour populariser les stars de soul train (Shalamar, The Whispers,…), ainsi que le Soul Train Club, une boîte à San Fransisco, et le Soul Train Studio, où les danseurs de l’émission donnent des cours.

La décennie 1970 et les années disco auront été l’âge d’or de l’émission, qui aura toujours su se réinventer et dynamiser son programme.

Le hip hop : dernier sursaut de Soul Train

Au milieu des années 80, le hip hop et le rap représentent un nouveau virage pour Soul Train. Rejetés par les autres radios et émissions qui jugent ces styles trop vulgaires, le breakdance et autre styles trouvent naturellement leur place sur Soul Train, portés par une culture alternative et la danse au centre de tout. Par peur d’abîmer leurs tenues disco, les danseurs s’habillent peu à peu en jogging et s’organisent en battle. Don Cornelius n’est clairement pas fan de ce nouveau virage de Soul Train, mais en fin businessman, il accepte sans sourciller et tire parti de cette culture street montante.

Malgré tout, Soul Train se fait vieillisante. Rien que le nom de l’émission témoigne d’un style musical dépassé (la prospérité de la Soul music s’étend des années 1960 à 1975). L’avènement de MTV et autres chaînes musicales vient troubler le succès de l’émission de Cornelius. En 1993, le présentateur phare se retire, avouant ne plus être en phase avec la musique de l’époque. Cependant, il reste producteur. Les artistes majeurs de Soul Train ne reviennent plus, sauf à l’occasion du Soul Train Music Awards organisé par Don Cornelius en 1987.

Après 36 ans d’existence et plus de 1000 épisodes, Soul Train s’arrête en 2006, définitivement dépassée et bien loin de son cadre d’origine.

Une pépinière de talents et de nouveautés

Etre sélectionné pour danser sur Soul Train est une aubaine pour les jeunes spectateurs. Non seulement c’est l’occasion de danser à la télé, de rencontrer des stars, mais surtout de faire ses preuves et et de s’exprimer. C’est donc tout naturellement qu’émergent des tendances et des séquences cultes au milieu du dancefloor.

L’un des moments de l’émission le plus célèbre est la Soul Train Line, une chorégraphie qui consiste à laisser la foule s’écarter et défiler au milieu, en couple, tout en dansant au rythme de la musique, donnant l’occasion aux meilleurs danseurs de se faire remarquer ! Pour se démarquer à la télévision, les participants ont d’ailleurs popularisé de nombreux styles de danse tous plus acrobatiques les uns que les autres, du Stepping au Funky Chicken en passant par le Robot.

Soul Train Line
Un bel exemple de Soul Train Line déjantée

Soul Train a aussi donné naissance à de véritables groupes formés grâce à l’émission : Something Special, Electric Boogaloos, Lockers,.. qui ont chacun donné naissance à des styles de danse encore populaires, comme en témoignent les Lockers et leur fameux Back Sliding, repris plus tard par Michael Jackson pour son Moonwalk.

De vrais impacts sociologiques

Mais Soul Train, ce n’est pas que de la musique et de la danse. Au milieu des mini-jeux tels que le Scramble Board (remettre des lettres dans l’ordre pour trouver le nom d’un artiste afro américain), Don Cornelius cherche à diffuser un message communautaire positif sur ce que peuvent accomplir les jeunes noirs américains.
Comme toute émission de télé, Soul Train a impacté le quotidien de ses spectateurs, qu’ils soient noirs ou blancs. Le show a certainement contribué à un abattement de préjugés et de frontières entre les mentalités de l’époque, et a diffusé une certaine image de la coolitude musicale et vestimentaire que les blancs n’ont pas tardé à tenter d’adopter, dès les seventies.

En 1975, Gino Vannelli est le premier artiste blanc à passer dans l’émission, ouvrant la voie à des artistes au style plus éloigné, comme Elton John, ou encore David Bowie !

David Bowie en 1975 : l'aristocrate disco
David Bowie en 1975 : l’aristocrate disco

Don Cornelius a réussi à faire passer la musique noire-américaine d’un monde audio à un véritable espace visuel. Il a rompu des barrières qui semblaient inamovibles entre blancs et noirs, et a instauré un grand changement dans les mentalités des jeunes des années 70 et 80.

L’émission culte aura donc été un catalyseur et diffuseur majeur des tendances musicales funk et disco, mais aussi des valeurs d’une Amérique qui s’ouvre peu à peu. Pas encore convaincus ? Regardez donc ma sélection des meilleurs moments de Soul Train ! Et, comme dirait Don Cornelius, “We wish you Love, Peace… and Soul!”